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Habillage vidéo et générique animé : construire une charte motion

Ce que contient une charte motion, pourquoi elle coûte moins cher qu'elle ne rapporte, et comment éviter que chaque vidéo reparte de zéro.

·9 min de lecture ·Motion design

Une entreprise produit dix vidéos par an. Chacune est faite par un prestataire différent, ou par le même à six mois d’écart. Résultat : dix génériques différents, trois polices, deux façons d’afficher un nom à l’écran, et aucune cohérence visible.

L’habillage est ce qui règle ce problème. C’est le poste le moins spectaculaire d’un budget vidéo, et celui dont le rendement est le plus élevé, parce qu’il se paie une fois et sert pendant des années.

Ce que contient un habillage

Un habillage complet, ou charte motion, est un ensemble d’éléments réutilisables.

Le générique d’ouverture. Court. Trois secondes est un bon repère, cinq est un maximum. Un générique de dix secondes fait partir les gens avant le contenu.

Le générique de fin. Avec l’appel à l’action, les coordonnées, les mentions.

Le titrage. L’affichage d’un nom et d’une fonction, dit synthé ou tiers inférieur. C’est l’élément le plus utilisé de tous, et le plus souvent bâclé.

Les titres de section. Pour structurer un format long.

Les transitions. Une ou deux, pas huit. La multiplication des transitions est le signe le plus fiable d’un habillage amateur.

Les incrustations de données. Chiffres clés, pourcentages, listes à puces animées.

Les éléments de marque. Position du logo, zone de sécurité, comportement en fin de film.

Les règles typographiques. Polices, tailles minimales, contraste, durée d’affichage minimale d’un texte à l’écran.

Ce qui distingue un bon habillage d’un habillage décoratif

Trois critères, et aucun ne concerne l’esthétique.

Il est déclinable

Un habillage conçu pour du 16:9 et inutilisable en 9:16 sera abandonné en six mois. Les formats verticaux ont des contraintes propres : les zones basses et hautes sont masquées par l’interface des plateformes, ce qui interdit d’y placer un titrage.

Testez cette question dès la conception, pas après.

Il est lisible

Une taille de texte minimale qui reste lisible sur un téléphone. Un contraste suffisant, y compris quand le fond est une image et non un aplat. Une durée d’affichage suffisante pour lire deux fois.

Ce dernier point est celui que tout le monde rate : un titrage doit rester à l’écran le temps de le lire confortablement, ce qui est plus long qu’on ne le pense.

Il est utilisable par quelqu’un d’autre

C’est le critère décisif, et il est presque toujours oublié. Un habillage livré uniquement sous forme de fichiers de projet propriétaires, sans documentation, meurt le jour où vous changez de prestataire.

Réclamez systématiquement : les fichiers sources, les polices ou leur licence, un document d’utilisation, et si possible des modèles paramétrables où l’on change le texte sans ouvrir le fichier d’animation.

Le calcul économique

Un habillage se paie une fois et s’amortit sur chaque vidéo suivante.

Trois effets concrets.

Le coût par vidéo baisse. Chaque nouveau film part d’une base existante au lieu de redémarrer à zéro. Sur une entreprise qui produit régulièrement, l’économie cumulée dépasse rapidement le coût initial.

Les délais raccourcissent. Il n’y a plus de discussion sur la forme, uniquement sur le fond.

La reconnaissance de marque s’installe. C’est l’effet le moins mesurable et le plus durable : au bout de quelques vidéos, votre habillage devient reconnaissable, et vos contenus se renforcent mutuellement.

Le seuil de pertinence se situe autour de quatre à cinq vidéos par an. En dessous, un habillage sur mesure est un luxe. Au-dessus, ne pas en avoir est une perte.

Les erreurs les plus fréquentes

Faire un habillage trop chargé. Plus il y a d’effets, plus il vieillit vite et plus il est difficile à décliner. Un habillage sobre tient cinq ans, un habillage tape-à-l’œil tient dix-huit mois.

Le concevoir sans penser au vertical. Il faudra tout refaire.

Négliger le son. Un habillage comprend aussi une signature sonore : le son du générique, les sons d’apparition. Un habillage muet perd la moitié de son effet.

Oublier les polices. Une police utilisée en animation doit être licenciée pour cet usage, et disponible pour tous ceux qui produiront des vidéos ensuite. Une police achetée par le prestataire sur son poste n’est pas votre police.

Ne pas documenter. Sans document d’utilisation, chaque nouveau prestataire réinterprète, et la cohérence se perd en trois vidéos.

Le laisser figé. Un habillage se met à jour. Prévoyez une révision légère tous les deux ou trois ans plutôt qu’une refonte complète tous les cinq ans.

Comment le faire produire

Partez de votre charte graphique existante, si elle est exploitable. Une charte pensée pour le print doit être adaptée : les couleurs, les contrastes et les typographies ne se comportent pas de la même façon en mouvement et sur écran.

Faites-le concevoir en même temps qu’une vidéo réelle. Un habillage conçu dans le vide produit des éléments élégants et inadaptés. Conçu en accompagnant un film concret, il est immédiatement testé.

Demandez une démonstration sur trois cas : un format long en 16:9, un format court en 9:16, et une vidéo avec beaucoup de texte à l’écran. Si l’habillage tient sur ces trois cas, il tiendra sur le reste.

Ce qu’il faut demander à la livraison

  • Les fichiers sources dans un format ouvrable, et non seulement des rendus.
  • Les polices, avec leur licence, ou la référence permettant de les acquérir.
  • Des modèles paramétrables pour le titrage, qui est l’élément le plus utilisé.
  • Les déclinaisons de format : 16:9, 1:1, 9:16.
  • Un document d’utilisation avec les règles de placement, de taille et de durée.
  • La signature sonore, avec sa licence.
  • La cession de droits sur l’ensemble, incluant le droit d’adaptation.

Ce dernier point est essentiel : sans droit d’adaptation, vous ne pouvez pas faire évoluer votre propre habillage avec un autre prestataire.


En résumé. Un habillage n’est pas une décoration, c’est une infrastructure. Il se juge sur sa capacité à être décliné, lu sur un téléphone et repris par quelqu’un d’autre. Le reste est affaire de goût, et le goût change plus vite que les besoins.