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Brief vidéo : prévoir l'accessibilité avant le tournage coûte moins cher qu'après

Sous-titres, transcription, audiodescription : ce qu'il faut écrire dans le cahier des charges vidéo pour ne pas payer deux fois l'accessibilité d'un film.

·7 min de lecture ·Production

Un film d’entreprise livré, validé, mis en ligne. Trois semaines plus tard, quelqu’un pose la question : « et les sous-titres pour les sourds ? l’audiodescription ? ». Le prestataire répond que c’est faisable, mais que ce n’était pas au devis. Et qu’une partie ne se rattrapera pas proprement.

Ce scénario est courant, et il ne tient pas à la mauvaise volonté de qui que ce soit. L’accessibilité d’une vidéo se joue pour l’essentiel à l’écriture et au tournage. Ajoutée en fin de chaîne, elle coûte plus cher et donne un résultat moins bon.

Les trois briques d’une vidéo accessible

Avant de rédiger quoi que ce soit, il faut distinguer ce que l’on commande.

BriqueÀ qui elle sertCe qu’elle contient
Sous-titresPersonnes sourdes ou malentendantes, lecture sans sonLes paroles, et pour un sous-titrage complet les sons utiles : musique, bruits, locuteur hors champ
TranscriptionPersonnes sourdes-aveugles, lecture rapide, moteurs de rechercheLe texte intégral du film, paroles et informations visuelles, sur la page qui héberge la vidéo
AudiodescriptionPersonnes aveugles ou malvoyantesUne voix qui décrit ce qui se voit et n’est pas dit : action, texte à l’écran, lieu

Les sous-titres sont la brique que tout le monde connaît. L’audiodescription est celle qu’on oublie, et c’est aussi celle qui dépend le plus des choix de tournage.

Pourquoi l’après coûte plus cher

L’audiodescription a besoin de silence

Une audiodescription se place dans les respirations de la bande-son. Un film monté avec une voix off continue et une musique à pleine intensité n’en laisse aucune. Il reste alors deux options, toutes deux moins bonnes : remonter le film pour créer des pauses, ou produire une audiodescription dite « étendue », qui arrête l’image le temps de décrire.

Prévue au script, la même information tient souvent dans la voix off elle-même. Le nom de l’intervenant est prononcé au lieu d’être seulement affiché en synthé, le chiffre clé est dit au lieu d’être seulement incrusté. Pour les publics aveugles, une bonne partie du travail est alors déjà faite, sans coût supplémentaire.

Le texte à l’écran se décide au montage

Titres, synthés, chiffres animés : tout ce qui n’existe qu’à l’image est perdu pour un spectateur qui ne voit pas, et difficile à lire pour un spectateur malvoyant si le contraste est faible ou l’affichage trop court. Corriger un habillage après livraison, c’est rouvrir le projet de montage, parfois celui de motion design.

Le cadre doit laisser la place aux sous-titres

En vertical, l’interface des réseaux sociaux occupe le bas et le côté droit de l’écran. Des sous-titres ajoutés après coup finissent sous les boutons, ou par-dessus un élément important de l’image. Un cadrage pensé pour recevoir du texte évite le problème dès la prise de vue.

Le cadre réglementaire, en bref

Deux textes se croisent. Le RGAA 4.1.2, référentiel français d’accessibilité des sites et applications, compte 106 critères répartis en 13 thématiques ; l’une d’elles, consacrée au multimédia, traite précisément des sous-titres, de la transcription et de l’audiodescription des vidéos publiées en ligne. L’European Accessibility Act, applicable depuis le 28 juin 2025 et transposé par la loi du 9 mars 2023, étend ces exigences à de nombreux services privés, dont le commerce en ligne. Les micro-entreprises qui fournissent des services en sont exemptées, et l’ARCOM est chargée des contrôles.

Pour une vidéo, cela signifie qu’un film de présentation publié sur le site d’une entreprise concernée entre dans le périmètre de l’audit d’accessibilité du site. Les critères précis, et la façon dont un auditeur les vérifie, sont détaillés sur audit-rgaa.eu. C’est une bonne base pour rédiger la partie technique du cahier des charges.

Ce qu’il faut écrire dans le cahier des charges

C’est ici que tout se joue. Voici les lignes à ajouter au brief, formulées pour qu’un prestataire puisse les chiffrer.

Sur le livrable

  • un fichier de sous-titres séparé (SRT ou WebVTT), relu, pour le site et YouTube ;
  • une version avec sous-titres incrustés pour les réseaux sociaux ;
  • une transcription texte complète, livrée avec le film ;
  • une version audiodécrite, ou à défaut une voix off qui porte les informations visuelles essentielles.

Sur l’écriture

  • le film reste compréhensible sans le son, et sans l’image ;
  • tout texte affiché à l’écran est soit lu, soit repris dans la transcription ;
  • les noms, fonctions et chiffres importants sont prononcés.

Sur la réalisation

  • durée d’affichage des synthés suffisante pour être lus ;
  • contraste suffisant entre le texte incrusté et l’image ;
  • aucun effet de flash rapide : le RGAA, comme les règles internationales WCAG, fixe un seuil de trois flashs par seconde ;
  • zones réservées pour les sous-titres dans les formats verticaux.

Ces lignes se glissent dans le déroulé habituel d’un projet. Elles relèvent du cadrage et de la validation du script, deux étapes décrites en détail dans les 12 étapes d’un tournage vidéo.

Et le devis ?

Il n’existe pas de tarif unique : tout dépend de la durée du film, de la langue, et du niveau d’exigence. Ce qui est constant, c’est l’écart entre les deux chemins. Prévue au brief, l’accessibilité se traduit par quelques lignes sur un devis de production et un peu d’attention au script. Rattrapée après livraison, elle mobilise à nouveau le monteur, parfois le studio son, parfois le comédien voix off.

Demandez que ces postes apparaissent séparément sur le devis. Vous pourrez comparer les propositions ligne à ligne, et vous saurez exactement ce qui est inclus. Les fourchettes de prix habituelles des autres postes sont rassemblées sur la page tarifs.

Un film accessible n’est pas un film différent. C’est le même film, pensé pour que personne ne reste à la porte.